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MATIÈRES PREMIÈRES

L’étain sous l’éteignoir

Rétamé. L’étain a perdu de son éclat en Bourse. Il termine le semestre, sur sa pire pêrformance depuis un quart de siècle, avec une chute de plus de 20 % au London Métal Exchange (LME). Vendredi 3 juillet, il se négociait à 14540 dollars la tonne. Rude choc pour le métal mou. Certes, l’étain n’est pas le seul métal dont le prix est laminé par la spéculation. Nickel, cuivre, aluminium ou zinc sont tout autant martelés. Le feuilleton grec tient en haleine les salles de marchés. Les interminables négociations entre Alexis Tsipras, premier ministre des Hellènes, et les créanciers de cet Etat européen maintiennent la pression. Les incertitudes sur la situation économique mondiale pèsent aussi sur les cours. Les producteurs d’étain font d’autant plus grise mine que le prix avait déjà fondu de 13 % en 2014. Pourtant, le métal est toujours recherche. Smartphones, ordinateurs portables et plus généralement tous les composants électroniques en contiennent peu ou prou.

au coeur blanc

Le marché de l’étain est donc loin de s’éteindre à petit feu. Il se hausse même du col sur le marché des spiritueux. La marque « Etain Pur » veut promouvoir cette forme de protection des vins fins. Seuls 3 % des bouteilles en sont habillées aujourd’hui. Ses promoteurs espèrent atteindre les 8 %. Avec un argument, celui de la lutte contre la contrefaçon. La maison charentaise Camus, connue pour ses cognacs, a, elle, choisi d’habiller une précieuse bouteille de Baijiu de ce métal pour fêter ses noces d’étain avec la société chinoise Moutai. Tout un symbole. Mais l’étain, métal au cceur blanc prisé des artisans d’art, a également sa part d’ombre. Les ONG dénoncent les dérives des mines illégales. Et demandent aux clients de faire la lumière sur la provenance des approvisionnements. Le Parlement européen a voté, en mai, un texte pour bannir les « minerais de sang ». En ligne de mire, les conflits armés en Afrique, financés par l’exploitation illégales de ressources minières.

D’autres pointent les dérives sociales et environnementales de la ruée vers le sable noir, la cassitérite, dont on extrait l’étain, comme en Indonésie. Premier exportateur mondial, l’Indonésie, représente 48 % des volumes d’étain produits dans le monde. Confronté à la déprime des cours et à l’exploitation illégale qui mine l’île de Bangka, ce pays tente de maitriser le flux du minerai et limiter les exportations. Pour l’instant, il n’a pas inversé la vapeur. Ses concurrents, lAustralie et surtout la Birmanie, devenue premier fournisseur de la Chine, ont profité de l’aubaine pour pousser les feux de l’étain. Le gouvernement indonésien, qui veut contraindre les exportateurs de produits transformés à acheter leurs lingots avec certificat d’origine à la Bourse de Djakarta et interdire l’exportation de minerai non raffiné, va durcir les règles le ier août. De quoi rallumer la flamme de l’étain à la Bourse de Londres ?

LAURENCE GIRARD
2015 July 05

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